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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 18:13

En première année de BTS, j’avais eu cette réflexion vis à vis du patron de l’entreprise dans la quelle j’effectuais mon stage : « il ne travaille pas pour vivre, mais il vit pour travailler ». Je ne comprenais pas. Avec tout ce qu’il y avait à faire, voir, découvrir à l’extérieur – mes rêves d’alors étaient faits d’aventure, d’horizons lointains, d’expéditions… Comment pouvait-on consacrer tout son temps à son travail ?

Les années ont passé, et j’ai été happé, comme beaucoup d’autres, par le tourbillon de la vie professionnelle… De ma « fougue d’antan » m’est restée l’envie de m’investir, de bien faire mon boulot, de prendre des initiatives. Débrouillard et de bonne volonté, on m’a petit à petit confié des tâches de plus en plus ardues, dans lesquelles je me suis investi avec cœur.

C’est là que « les problèmes » ont commencé, avec la rencontre des aberrations et contradictions du système. Devoir mettre les bouchées doubles quand on est en fin de chaîne, et assumer les  responsabilité de ceux qui n’ont pas pris les leurs en amont. Etre en  permanence en « mode pompier », tout en ayant des livrables à rendre à échéances hebdomadaires. Assumer les conséquences d’un contrat mal ficelé et signé trop vite. Devoir composer avec une hiérarchie qui en a le titre mais pas les compétences, et qui ne me soutient pas. Etre parachuté dans de nouvelles responsabilités, dans une organisation nouvelle, sans préparation ni recul. Devoir combler les lacunes du système. Faire beaucoup avec rien.…

La liste n’est pas finie, et je pourrais continuer ainsi longtemps !

Mon enthousiasme s’est petit à petit amenuisé, émoussé, entre autres, par tous ces exemples.


Dans l’entreprise d’aujourd’hui, le temps manque et la fatigue augmente. Parallèlement, on n’a plus l’énergie ni l’envie de sortir, de faire du sport, de se défouler, de vivre pour soi… L’hygiène de vie se dégrade. Au début, jeunesse et bonne santé aidant, on ne s’en rend pas compte. Avec le temps, les déséquilibres deviennent palpables. On ne tire plus de satisfaction de l’activité qui occupe la majeure partie de notre temps. On rumine, humeur et ambiance se dégradent, tant au travail qu’à la maison. La vie privée est mise entre parenthèses…


J’ai plusieurs fois « pété les plombs ». La toute première, je n’ai pas compris ce qui m’arrivait : j’ai envoyé balader un collègue au téléphone, et ai cassé le combiné en raccrochant. M’isolant aux toilettes, j’étais pris de tremblements, larmes… J’ai dû aussi envoyer quelques coups de poings dans les murs… Je vous passe les détails.

Quelques années plus tard, dans une autre entreprise, soumis une pression croissante, j’ai claqué la porte de l’open space où je travaillais avec 8 autres collègues, après une « engueulade croisée » avec un client et une collègue. Plus tard encore, je me suis retrouvé chez mon médecin, surpris de me mettre à pleurer en lui parlant de mon boulot. C’est là que j’ai fait connaissance avec le lexomil… On m’en a prescrit 2 autres fois.

Pas partisan de cette solution, je dois reconnaître que cette béquille m’a aidé. Mais comme toute béquille, elles ne doit avoir qu’un rôle temporaire. Comme me l’ont dit mon généraliste et un médecin du travail : « Votre surinvestissement sert à masquer des carences organisationnelles, et tout le temps supplémentaire que vous donnez à votre patron, c’est un cadeau. Qui refuserait un cadeau ? La première personne qui peut poser des limites, c’est vous-même. »

Poser des limites a été long, et il m’a fallu d’autres « alertes » pour y arriver.

Je me suis rendu compte que, quelle que soit l’heure à laquelle je partais, il restait toujours du boulot à faire : à quoi bon rester jusqu’à 20h ou plus ? En partant à une heure normale, j’étais plus frais le lendemain et donc plus efficace. Par plus efficace, il faut comprendre, non seulement  plus productif, mais aussi capable de prendre du recul et d’analyser la situation. J’ai ainsi pu envoyer un certain nombre de synthèses et d’alertes à ma hiérarchie. En paix avec ma conscience, je faisais de mon mieux, avec les moyens à ma disposition. Je rendais simplement compte de la situation. Ma hiérarchie n’a pas, ou peu, réagi à mes alertes. Les effectifs et la charge n’ont pas évolué. Mon surplus de travail, qui n’était pas traité, m’a rattrapé quelques mois plus tard, devançant de quelques semaines ma dernière alerte qui s’est terminée aux urgences. J’avais depuis quelques temps des douleurs intercostales d’origine nerveuse, et je reprenais ponctuellement du lexomil. Au bout de 2 semaines, une sensation de malaise et une douleur dans la poitrine que je n’avais jamais expérimentée est apparue. Admis aux urgences à 14h30, je n’en ai été libéré qu’environ 6 heures plus tard, c’est à dire après 3 prises de sang, 3 électro-cardiogrammes, et une radio thoracique... Ajoutés à la douleur thoracique, mes 17 de tension et 110 pulsation minutes au repos étaient de sérieux symptômes d’un possible infarctus ! A 36 ans, 1m72 pour 65 kg, en ayant une vie relativement saine, ça détonnait un peu... Les examens se révélant (heureusement) négatifs, le diagnostic s’est finalement orienté vers une crise d’angoisse carabinée.

Une semaine plus tard, je suis arrivé un matin au boulot avec envie de rien. Tout m’emmerdait. Je n’avais pas envie de répondre au téléphone, ni de faire quoi que ce soit. J’avais envie de pleurer, je tremblais… J’ai alors envoyé un mail laconique à ma direction, où je disais que je n’étais pas fier du bilan que je faisais de l’année écoulée, que j’avais donné tout ce que je pouvais à mon poste, et que mes limites, tant physiques que morales étaient atteintes. Je terminais en leur demandant un rendez-vous urgent.

Le rendez-vous a eu lieu, et j’ai finalement changé de poste. Les choses se sont bien terminées, et avec le recul, ces années ont été très formatrices.


Combien de personnes vivent cela quotidiennement ? Combien arrivent à prendre du recul et analyser pourquoi elles sont si mal ? Combien arrivent à mettre des mots là-dessus et à en parler ? Combien de gens ont peur de réagir ? Cette situation est-elle normale ? Est-il normal de donner 50 heures par semaine à un employeur qui n’en paye que 35 et ne donne pas de RTT ? Est-il normal qu’une hiérarchie mette sous-pression en permanence un personnel qui est déjà à fond ? Est-il normal de mettre en doute ses capacités, alors qu’on fait déjà le maximum ? Est-il normal d’aller au travail chaque matin en traînant les pieds et d’avoir un nœud à l’estomac à chaque fois qu’on y pense ?


Aujourd’hui, pour décrocher un marché, l’entreprise propose les tarifs les plus bas possible et s’engage à livrer produits et prestations dans des délais record. Afin de garder une marge « acceptable », il n’y a pas de nouvelle embauche, pas d’investissement dans des outils adaptés, pas de paiement d’heures supplémentaires… La crise a bon dos.

A la source du malaise, l’entreprise ne se donne pas les moyens de ses ambitions, et ce sont les salariés que l’on met en sur-régime, de l’ouvrier au cadre. Le progrès technologique, sensé « nous sauver » a créé des outils formidables, qui permettent une communication instantanée. Mais cette instantanéité a un redoutable revers : on se doit d’être toujours disponible et apporter des réponses immédiates. Délais serrés obligent, il faut des résultats rapides, tout en se formant sur le tas... La reconnaissance est souvent symbolique, quand elle existe…

Là où certains responsables n’en ont plus que le titre, on pratique le « rejeter la faute sur quelqu’un d’autre ». On vit dans la peur, et on se « blinde », en évitant de prendre des initiatives ou des décisions. La méthode de « la patate chaude » mine à petit feu, et le sentiment d’injustice s’invite à la fête. On finit par se résigner à un mode de fonctionnement dénué de bon sens…

Il y a là un gâchis énorme : combien de talents, bonnes volontés, sont ainsi tués dans l’oeuf ? Fait-on des statistiques sur les idées et innovations qui, ainsi, ne voient pas le jour ? La quantité d’énergie humaine dépensée est colossale en regard des résultats... C’est un gâchis pour l’entreprise, mais aussi pour la société, car c’est l’assurance maladie qui paie les pots cassés…


Selon l’ Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail, « le stress est ressenti lorsqu’un déséquilibre est perçu entre ce qui est exigé de la personne et les ressources dont elle dispose pour répondre à ces exigences. » Irritabilité, insomnies, troubles de la mémoire, abus de drogues, d’alcool, troubles cardiaques… Les conséquences en sont innombrables.

« Le nombre de personnes souffrant d’un état de stress causé ou aggravé par le travail va continuer à augmenter », soulignent les responsables de cette agence. Notamment à cause des changements qui interviennent dans le monde du travail : réduction des effectifs, flexibilité, précarisation…

Selon l’OMS la dépression est actuellement dans le monde la quatrième cause mondiale de handicap, avant mêmes les maladies cardiaques. Dans les pays développés, elle vient au deuxième rang, tout de suite après les maladies cardiaques et précède les atteintes cérébrales vasculaires. (1)


Le système actuel attribue une valeur aux gens en fonction de leur productivité. Le management a délégué son jugement à des indicateurs, outils statistiques, et autres modèles mathématique, qui restent ce qu’ils sont : des outils. La plupart des malaises naissent de ce mode de mesure, totalement déphasé des compétences et de la réelle valeur humaine des personnes. Des réactions aussi désespérées que les suicides indiquent la profondeur de la remise en cause qui est induite chez les individus. Ils se heurtent, par ailleurs, à l’inertie de l’entreprise, au manque de communication, à un contexte de crise où on se dit qu’ailleurs, ça n’embauche pas plus et que le climat doit être identique. Ayant en parallèle une famille à nourrir, un loyer, des crédits, impôts et factures à payer, ils se sentent coincés. Dans pareille situation, l’individu n’ayant pas de solution de sortie et ne voyant pas changement à court ou moyen terme, le stress prend alors la direction de ce que la médecine appelle l’inhibition de l’action (2). Lorsqu’elle se prolonge, c’est le « stress au long cours », avec son cortège de maladies psycho-sommatiques, telles que dépression, maladies cardio-vasculaires, cancers,  toxicomanies, ou encore tendances suicidaires, « où l’agressivité se tourne vers le seul objet envers lequel la socioculture ne peut interdire l’action, c’est à dire le sujet lui-même… » (3)


Laisser sa santé se dégrader, ou se laisser miner au point de vouloir mettre fin à ses jours en vaut-il la peine ?

On se trompe de référentiel. Sur l’échelle de valeurs de la productivité, quelle est celle de Mère Thérésa ? La comparaison avec un capitaine d’industrie a t’elle un sens ?


Les RH commencent (discrètement, car le sujet est sensible, puisque médiatisé) à réagir. Nous pouvons cependant, sans attendre, agir à l’échelon individuel, par la prise de recul qui permet dans un premier temps de relativiser, et dans un second temps d’analyser et alerter, pour enfin trouver des solutions. Cette démarche individuelle est encore marginale car pas du tout ancrée dans notre culture. « L’assistanat perpétuel conduit à une démission de l’individu qui recherche systématiquement une réponse collective, même quand la solution passe par lui. […] Il faut lui rendre sa responsabilité, son envie d’agir, son devoir de réagir.» (4)

 

Comprendre ce qui se passe.

Le stress, selon H. Selye (« inventeur » du mot, en 1936), désigne à la fois l’agression et la réaction physiologique à l’agression. Si les formes d’agressions peuvent être multiples (physiques, psycho-émotionnelles, socioprofessionnelles…), la cascade de réactions neuro-hormonales déclenchées dans l’organisme est unique : c’est le syndrome général d’adaptation (SGA). Son but, inscrit dans nos gênes depuis la nuit des temps, a pour finalité de nous soustraire, par deux voies possibles, à l’agression : la fuite ou la lutte. Lorsque ces deux options ne sont pas disponibles, comme souvent dans le monde professionnel, la troisième voie, est, comme on l’a vu plus haut, l’inhibition de l’action.

Pour employer une image, cela nous met dans le même état qu’une voiture dans laquelle on enfonce simultanément les pédales de frein et d’accélérateur : non seulement on n’avance pas, mais la pression monte dans les durites, le moteur chauffe, la mécanique n’apprécie pas du tout. Si la situation se prolonge, il va y avoir de la casse… A l’issue d’une journée stressante, où le SGA a tourné à plus ou moins plein régime, et où l’inhibition a empêché tout passage à l’action, l’organisme a libéré dans le sang son lot d’adrénaline, noradrénaline, cortisol…(5) .

Si nous n’avons pas d’exutoire pour brûler tout cela, le corps va tenter comme il le peut d’évacuer physiquement, la frustration. A l’image des contraintes mécaniques de notre voiture, peuvent apparaître raideurs, courbatures, lombalgies, torticolis… Si la situation perdure, des pathologies plus sérieuses peuvent survenir, tout comme des désordres psychologiques. Si l'adage dit "bien dans son corps, bien dans sa tête", il fonctionne aussi dans l'autre sens : le mal-être physique influe sur le moral, qui lui-même induit le mécanisme ci-dessus. Ainsi se met en place un cercle vicieux...


Premier constat : cette réaction est naturelle et génétiquement inscrite. Nous ne sommes donc pas plus fous ou fragiles que les autres ! L’autre bonne nouvelle c’est qu’on peut faire redescendre la tension en passant à l’action : en faisant du sport bien sûr, mais aussi via toute autre activité physique dans laquelle on trouve satisfaction. Quelques minutes de défoulement sur un sac de frappe constituent un bon moyen de faire passer sa colère, et de retrouver des idées plus saines. Notre entourage nous en sera reconnaissant, et s’y mettra peut-être aussi ! Le sac de frappe a aussi ses vertus quand on se sent déprimé : même si les premiers coups sont « mous », nous découvrirons vite que « l’appétit vient en mangeant », et qu’il y a des choses à décharger…


« La folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent. » (6) : Si rien ne change, il faut s’y prendre autrement.

Comme on l’a vu, le système d’évaluation de l’entreprise impacte principalement l’image de soi. A ces références externes (auxquelles s’ajoutent souvent inconsciemment celles des médias, les croyances populaires, sociétales, religieuses, ethniques ou familiales…), substituons notre repère intérieur : soyons conscients de notre valeur, rappelons-nous de nos réalisations, de notre parcours, de nos qualités humaines, de toutes les choses que nous savons faire, de ce que nous faisons bien, facilement et avec plaisir. Notre parcours nous a peut-être mené dans un domaine qui nous est inconnu, ou qui, tout simplement, ne nous plait pas. Volontairement ou pas, là n’est pas le problème : donnons-nous le droit à l’erreur. Il n’y a pas d’échec, il n’y a que des expériences. Plus on essaie de choses, plus la probabilité de faire des erreurs augmente, mais la diversité des expériences constitue une richesse inestimable.

Au final, nous obtenons une image de soi beaucoup plus objective et ne prenons plus à notre compte les jugements de valeurs qui peuvent émaner de l’extérieur. Nous pouvons nous affirmer, c’est à dire être à notre place.


Comme déjà évoqué, la fuite et la lutte sont rarement des options disponibles : on ne peut va pas en venir aux mains avec nos collègues, ou quitter avec fracas une salle de réunion. En revanche ce qui n’est pas à sa place doit y être remis. C’est juste. Il faut le dire.

Là est le passage à l’action.


Identifions donc les dysfonctionnements qui minent notre qualité de vie au travail, et écrivons-les. Dans un premier temps, pas de censure : on vide notre sac. Ensuite, plus posément, replaçons-les par rapport à notre mission. Par exemple : « quand tel livrable en amont est en retard,  je n’ai plus assez de temps pour tenir mes engagements », « je suis souvent dérangé pour des demandes qui sortent de mon scope », « je reçois des directives contradictoires », « je ne me sens pas respecté »… Cet exercice permet de mettre des mots sur nos ressentis, et mettre à plat des arguments factuels, qui seront plus facilement entendus que « c’est le bordel, je suis débordé, on me prend pour… ».


Les dysfonctionnements ne sont que des symptômes : à la « source du mal », il y a l’humain.

Une organisation peut être magnifique sur le papier, mais elle reposera toujours sur des acteurs humains. L’entreprise, les organisations, les procédures, sont des créations humaines. Ce que l’homme a fait, il peut le défaire. Prendre ses responsabilités, c’est reconnaître cela, et agir quand il le faut pour procéder aux modifications qui s’imposent.

Dans un premier temps mettons en avant les dysfonctionnements, exposons ce que nous ressentons. Proposons ensuite des solutions : un supérieur appréciera toujours. Car le propos ici, n’est pas de s’opposer en bloc à la marche de l’entreprise, mais de réorienter une stratégie inadéquate et génératrice de non-qualité. L’alerte doit éclairer le management sur les choses qui ne sont pas à leur place, et déclencher la recherche de solutions. C’est un positionnement de partenariat, où le potentiel de chacun peut s’exprimer, en visant à la réussite de l’entreprise, et ce dans les meilleurs conditions pour chacun. Même le plus blasé des employés a des idées, des compétences, ne demande qu’à être utile et s’investir, pourvu qu’on le reconnaisse à sa juste valeur, et qu’on l’implique dans un projet.


Laissons toujours des traces écrites. Parmi les « outils formidables » évoqués plus haut, le mail permet de diffuser rapidement et largement nos messages. Très important : il les date, permet de faire des relances, et en un seul mail, on peut attacher tous les envois précédents.

Si notre hiérarchie est sensée, elle doit réagir.


Et si ça ne bouge pas ?

Trêve de paroles, passons aux actes : plus d’heure sup’ gratuite. On a tous une vie en dehors de l’entreprise, et des engagements autres… Trop souvent, hélas, il faut une crise pour que ça bouge… Nos alertes sont autant de traces que nous laissons, afin d’argumenter le jour où on « ne comprend pas » notre changement d’attitude. Quand la « source des cadeaux » évoquée plus haut se tarit, le sevrage est difficile pour l’entreprise !


Et si on est dans une impasse ?

Résumons : nous avons isolé les points de non-qualité, les avons exposé, avons proposé des solutions, avons travaillé pour améliorer les choses. A ce stade, l’entreprise ne veut rien entendre ? Il est temps de se poser une autre question : avons nous vraiment envie de rester dans cette entreprise ?

Même en temps de crise, des entreprises recrutent : soyons ouverts au marché.

Faute d'opportunités, tout se négocie, même les départs. Nombreuses hélas, sont les entreprises où on ne licencie pas… Du moins pas pour motif économique ou rupture conventionnelle du contrat. Par contre, pour faute, aucun problème !

Beaucoup moins « noble » que la démission, et -j’en conviens- injuste, cette solution a l’avantage de mettre fin à une situation à tendance mortifère, et de permettre la perception d’indemnités chômage. En cas de refus, ce qui en dit long sur notre employeur, il reste la solution de l’abandon de poste. Il peut s’écouler plusieurs semaines avant que le licenciement soit effectif. Mieux vaut avoir quelque avance de trésorerie… Rien ne nous interdit parallèlement à cela, si notre employeur a manifestement fait preuve de malhonnêteté, d’en référer aux autorités compétentes.

Mon propos, n’est pas ici de faire l’apologie du je-m’en-foutisme, ni d’une mentalité de parasite profitant du système. La finalité n’est pas de « buller » en profitant des assedics, mais prendre conscience qu’on n’est pas « marié » avec son entreprise, et qu’un « divorce », où on est celui qui part, n’est pas la fin du monde. En regard d’un investissement de plusieurs années dans son travail, cela peut paraître inacceptable, mais une entreprise mérite t’elle que je ruine ma vie pour elle ? Et ce, d’autant plus si elle est sourde et aveugle à mes alertes ? A choisir entre ça et le suicide…


Personnellement, d’un point de vue éthique, je suis lié à mon employeur par un contrat que j’honore de mon mieux. A cet employeur, j’ai d’ailleurs donné largement plus que ce qui est contractuellement convenu... Si mon entreprise ne connaît pas le mot éthique, ne reconnaît pas mon travail à sa juste valeur, ne me respecte pas, j’ai simplement le pouvoir de tout arrêter si ça ne me plait plus, et cela, en accord avec ses propres méthodes !

Tout comme dans un couple (pour reprendre la métaphore du mariage), il m’est aussi possible d’installer le dialogue, et d’essayer de trouver une solution équitable pour moi, comme pour l’entreprise. Si vraiment on ne trouve pas de solution, il me reste une porte de sortie, et la possibilité de rebondir pour aller vers un projet d’avantage porteur de sens.


Quand j’ai réalisé cela, dans des circonstances particulières, propres à la situation de mon entreprise, un matin en partant travailler, ma vision a radicalement changé.

J’ai pris conscience subitement du pouvoir que j’ai sur ma propre vie, là où je la voyais dépendante d’éléments extérieurs. Instantanément, tout le poids des contraintes auxquelles j’avais donné prise s’est envolé…

Aujourd’hui, je me prends encore parfois la tête avec mon boulot, mais je relativise beaucoup.

J’ai repris les rennes de la vie et parallèlement à mon activité, je travaille à me réorienter vers ce qui a du sens pour moi. Et surtout, je sais que j’ai tous les jours le choix.


Je suis toujours volontaire et partant pour m’investir dans mon travail, et « mettre un coup de collier » quand c’est nécessaire. Cependant, je refuse de rentrer dans le jeu d’un système où l’urgence, et « donner toujours plus », sont devenus la norme. Au risque de me répéter, prendre du recul afin d’analyser et alerter est un bon moyen de « sortir la tête du guidon », de relativiser, et de mettre sa hiérarchie face à ses responsabilités. « Il n’y a pas de manœuvre sans recul ». Ce concept peut surprendre dans notre « société de la fuite en avant », mais reculer n’a rien de déshonorant si cela permet de manœuvrer habilement.

Au pire, si rien ne bouge, comme évoqué plus haut, nous ne sommes pas mariés avec notre entreprise, et il en existe plus de 3 millions d’autres en France. Nous pouvons aussi – pourquoi pas ? – créer notre propre entreprise, et la gérer avec des valeurs plus humaine…


Nombre de spécialistes le reconnaissent aujourd’hui : le travail est à réinventer. Et si nous en profitions pour réfléchir à quoi nous aspirons, à ce qui a du sens pour nous ?

Réinventer la travail, cela passe par la réflexion, mais aussi par l’action : chacun, à son niveau, a le pouvoir de faire bouger les choses.


Il est urgent de relativiser sur le pouvoir qu’ont réellement les éléments extérieurs sur nous : même si nos conditions de travail ne nous satisfont pas, quelle est la pire chose qui puisse nous arriver ?


D’un point de vue plus large, qui est le patron de notre vie ? Notre employeur ? Notre banquier ? Notre percepteur ? Notre conjoint ? Le « système » ? Ou nous-même ?


__________________________________________________________________________

(1) http://www.colibris-lemouvement.org/index.php/TH/Cultiver-et-Se-cultiver/node_1732 et http://osha.europa.eu/fr/topics/stress/index_html/definitions_and_causes

(2) Concept élaboré par le Professeur H. Laborit

(3) Le guide de l’homme d’action. Xavier Maniguet. Albin Michel. 1990

(4) Idem

(5) Les énergies du stress. Xavier Maniguet.

(6) A. Einstein

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commentaires

sylvene 04/07/2013 22:46

salut

j'ai lu ton article sur le travail avec intéret. Il est très bien mais je ne suis pas tout a fait d'accord quand tu dis que le choix entre la fuite et la lutte est rare. La lutte c'est pas forcement casser la gueule de son collègue, c'est lutter contre le système.La fuite, ce n'est pas claquer la porte, c'est considérer que ce n'est pas important. Et on est souvent dans ces cas-là quand on ne s'effondre pas. Mais on en reparlera de vive voix à l'occasion.

laurence aboneobio 20/11/2011 10:31

Merci pour cet article, excellent, qui retrace justement la situation vécue par beaucoup. J'ai ressenti aussi certains symptomes et je me suis posée les mêmes questions. L'une de mes réponses a été
la création d'une entreprise dont les valeurs me semblent plus juste (aboneobio). J'en parle là http://www.aboneobio.com/blog/post/2009/12/01/On-a-tout-pour-changer-temoignage-laurence-aboneobio

PACIFIC-WARRIOR-FR 20/11/2011 11:31



Merci Laurence pour ce feed-back !


Curieusement, cet article fait echo chez beaucoup de personnes. D'un côté, cela me réjouit (vis-à-vis de mon article), mais à bien y réfléchir...


Merci aussi pour ton lien, qui m'a permis de découvrir le site www.toutpourchanger.com : il fourmille d'infos et d'exemples inspirants (dont le tien) de gens qui ont pris leur vie en main et se
sont orienté vers ce qui fait sens pour eux.



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